Elle avait pris ce pli …
Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte! Hélas! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.
Poème écrit par Victor Hugo (1802-1885) à Léopoldine, sa fille disparue en 1843 (extrait des Contemplations).
Je le dédie à mon amie Pascale qui a perdu sa fille Julie le 5 mai 2007 et à qui je pense très fort à quelques jours de ce triste jour anniversaire.
Julie, ta maman est formidable, je sais que, posée en permanence sur un coin de son épaule, tu veilles sur elle et joues un grand rôle dans les combats qu’elle mène pour avancer chaque jour sans toi sur son chemin. Elle puise en elle-même la force qui l’anime, elle doit à ta présence rassurante et aux signes que tu lui envoies, ce courage qui fait mon admiration et ce nouveau sourire qui s’affiche de plus en plus souvent sur son visage pour la plus grande joie de ceux qui l’aiment. Merci pour elle. Aux jaloux (c’est le comble !) et aux malfaisants, ce sourire adresse un joli pied de nez. Bravo !





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